wilfried
20.05.10

La paroisse face au projet de developpement

Dans son encyclique sur le « Développement des Peuples (1967) », le pape Paul VI déclarait que la visée fondamentale de l’Eglise est la promotion de tout homme et de tout l’homme c’est-à-dire selon toutes les capacités de son corps et de son esprit. Le rappel de cette mission essentielle de l’Eglise ouvre à celle de l’Afrique, comme partout où elle se trouve confrontée à une population en voie de développement, un champ d’action qui déborde largement l’engagement alimentaire, scolaire et sanitaire pour s’étendre presque sans limites en vue d’une tâche aussi pressante que vaste.
C’est cette insertion dans la dynamique du développement intégral, qui justifie cette vision du développement que présente cet article, en suggérant un progrès à partir de la paroisse comme unité de base. Cette dernière est considérée comme un pôle de développement car elle exerce une influence d’attraction, de propagation et de stimulant.

1. La planification d’un projet de développement dans une paroisse
Le Canon 515§1 définit la paroisse comme « la communauté déterminée de fidèles qui est constituée d’une manière stable dans l’Eglise particulière, et dont la charge pastorale est confiée au curé, comme à son pasteur propre, sous l’autorité de l’Evêque diocésain. » De sa part, le curé collabore avec le Conseil paroissial dans la gestion de la paroisse afin d’aider les baptisés à prendre leurs responsabilités. Le Conseil paroissial « est un organisme consultatif. C’est-à-dire qu’il peut donner son avis sur toutes questions concernant la ‘’santé’’ de la paroisse. »1La participation de cet organe dans la planification et la gestion des projets dans une paroisse est incontournable.
1. 1. L’éducation pour le développement
« L’éducation pour le développement est une démarche dont l’objectif est de bâtir une citoyenneté mondiale. »2 Elle promeut, auprès des chrétiens, d’attitudes et de valeurs telle que la solidarité, la paix, la tolérance, la justice sociale et leur fournit les connaissances et les habiletés leur permettant de provoquer le changement dans leurs propres vies et dans leurs communautés ecclésiales de base.
Les éducateurs au développement, en collaboration avec le curé de la paroisse, doivent être attentifs aux stratégies locales susceptibles d’aider les chrétiens à s’attaquer aux problèmes tels que la pauvreté, l’analphabétisme, la ségrégation…
Le processus de l’éducation pour le développement dans une paroisse doit tenir compte de la nature et de l’ampleur des besoins que connaissent les différentes couches sociales. Si ces besoins sont aigus et si la population en devient consciente, une condition préalable très importante pour le développement communautaire est réalisée.
1.2. Le changement et le futur
Le monde change suite à des actions décidées dans le passé, et il continuera à changer dans l’avenir grâce aux actions mises en œuvre aujourd’hui. Mais cela ne signifie pas que l’avenir est prédéterminé. Les paroissiens peuvent apprendre à découvrir les moyens de provoquer le changement et à les employer consciemment pour créer un meilleur avenir.
Le curé doit se décider afin de « donner au peuple le pain et l’Eucharistie, enseigner l’alphabet et le catéchisme, offrir la sécurité sociale et le sens de la providence, apprendre la valeur du travail et la valeur de la prière, s’engager au secours des corps et au secours de l’âme, bref, éveiller tout à la fois le sens des hommes et le sens de Dieu. L’Eglise se doit de susciter, en même temps, des pionniers sociaux et des saints. »3
1.3. Identifier le problème et clarifier les buts
Les chrétiens doivent être encouragés à clarifier leurs buts, et à les rendre le plus concret possible. Il est plus pertinent qu’ils travailler pour le changement de leurs milieux respectifs plutôt que de s’attarder sur des problèmes se passant à des endroits où ils n’ont que peu d’impact. Pour y arriver, ils utiliseront certaines stratégies :
-Le brainstorming (Remue-méninge) : Cette stratégie est la première étape de la résolution de problème. Il stimule la pensée créative et génère un certain nombre d’alternatives. Les participants sont invités à formuler le plus de solutions ou d’idées qu’ils peuvent trouver. Il est essentiel d’enregistrer toutes les idées, et de ne pas formuler de jugements à ce stade. Une fois qu’une liste exhaustive a été établie, les participants revoient les options et écartent celles qui ne semblent pas intéressantes. Ils choisissent enfin une ou deux solutions estimées les meilleures.
-Travailler en petits groupes ou en communautés de base : Les petits groupes encouragent la participation de tous les membres, l’échange de perspectives et le travail en équipe.
-Les techniques de discussion : La discussion entre les membres d’un groupe amène les participants à clarifier et à articuler leurs points de vue, ainsi qu’à écouter d’autres perspectives. Une seule personne parle à la fois et les autres l’écoutent.
-Le classement : C’est un moyen pour stimuler la discussion plus profonde d’un problème et pour établir des priorités. Les participants placent les affirmations dans une colonne verticale, par ordre d’importance. La proposition la plus importante est placée au sommet de l’échelle, la seconde proposition importante juste en dessous, et ainsi de suite…
1.4. Différencier les actions à mener dans la paroisse
On encouragera les chrétiens à penser d’une manière créative et divergente sur toutes les façons possibles d’atteindre leurs buts. « Car tout programme, fait pour augmenter la production, n’a en définitive de raison d’être qu’au service de la personne. Il est là pour réduire les inégalités, combattre les discriminations, libérer l’homme de ses servitudes, le rendre capable d’être lui-même l’agent responsable de son mieux-être matériel, de son progrès moral et de son épanouissement spirituel. »4
La planification et la gestion des projets auront une place importante dans la programmation des actions de la paroisse. Le curé et les paroissiens tiendront à cœur « la nature profonde de l’Eglise qui s’exprime dans une triple tâche : annonce de la Parole de Dieu (…), célébration des Sacrement (…), service de la charité. Ce sont des tâches qui s’appellent l’une l’autre et qui ne peuvent être séparées l’une de l’autre. »5
1.5. Identifier tous les obstacles aux actions prévues
Pour identifier tous les obstacles aux actions prévues, les paroissiens peuvent réfléchir d’une manière plus réaliste aux suggestions émises. Ils discuteront sur les différents obstacles qui pourraient les empêcher de mener à bien les actions prévues et voir quelles sont les ressources disponibles pour leur permettre de surmonter ces obstacles. Un obstacle ne doit pas être une raison d’abandonner un projet, étant donné que cela peut être une source enrichissante d’apprentissages. Mais certains types d’obstacles, tels que les coûts excessifs, la distance, le danger physique, peuvent devenir des raisons d’éliminer certaines options.
1. 6. Choisir un projet
Après avoir éliminé certaines parties de l’action jugées impraticables, les paroissiens en choisissent une correspondant le mieux à leurs buts. Le groupe peut se demander si ce projet s’attaque plutôt à un problème immédiat, à court terme ou à un problème sous-jacent à long terme. Le projet qui apportera une réponse donnée dans un temps court sera le seul réalisable. Cette étape est cruciale et la parole du curé « tient une place importante, sinon essentielle. »6 Il tiendra compte aussi des suggestions des leaders locaux dont leur parole « est une puissance efficace, féconde et fécondante. »7
1. 7. Concevoir un plan détaillé
Il est souvent très utile de penser au plan sous forme d’une ligne de temps. Cela aide les bénéficiaires du projet à envisager toutes les étapes nécessaires pour atteindre leur but.
Pendant cette étape, le rôle principal du curé sera de « susciter l’engagement des laïcs habitués à une longue passivité. Il doit surtout être-avec-eux, vivre ensemble la recherche et les premières expériences dans un esprit d’humble accueil, d’écoute et de respect de leurs initiatives. »8

2. Les conditions de l’introduction de l’innovation dans une paroisse
Le développement résulte des innovations acceptées et généralisées. L’innovation sera acceptée par la population si certaines conditions avaient été observées et principalement l’éducation et la sensibilisation de la population concernée. « Actuellement, il est largement admis qu’il y a une relation entre éducation et développement sous toutes ses formes. »9
2.1. L’innovation doit se greffer sur les pratiques existantes
« Toute nouvelle connaissance, toute nouvelle technique, toute nouvelle attitude doit se greffer sur les connaissances, techniques, attitudes existantes dans la communauté. »10
C’est ainsi que le curé de la paroisse et d’autres facilitateurs du développement doivent connaître parfaitement les coutumes, les habitudes, les opinions de la communauté chrétienne. Il n’est pas possible d’introduire une nouveauté qui ne tient pas compte du niveau d’instruction et du degré de préparation des chrétiens.
« Il faut savoir tenir compte de certains aspects des mythes traditionnels. Ces mythes indiquent, dans leur langage symbolique, la situation des hommes dans la société traditionnelle. »11
2.2. Découvrir les raisons d’une résistance
En face du refus, le curé de la paroisse et d’autres facilitateurs n’ont pas le droit d’accuser la population de conservatisme ou de mauvaise volonté. Ils doivent plutôt rechercher la raison du refus qui s’explique toujours.
Même une population illettrée témoigne de l’intérêt quand il s’agit d’améliorer sa situation. Si donc elle rejette une innovation qui lui est proposée, c’est parce qu’elle voit les choses d’un autre point de vue que les innovateurs.
2.3. Combattre l’attitude de mendicité
L’attitude de mendicité consiste à attendre le salut d’une aide extérieure à la paroisse. C’est la providence qui doit améliorer la situation et non pas les efforts conjugués des membres de la communauté chrétienne. Ceux-ci pensent que le développement de leur paroisse sera le fruit de cette providence extérieure et qu’il faut obtenir coûte que coûte la manne qu’il distribue.
L’attitude d’une pareille paroisse ne sera découverte qu’au moment où il s’avèrera que ses membres ne font rien pour collaborer à l’introduction de l’innovation, malgré leurs promesses. Il n’y aura rien à faire aussi longtemps qu’ils n’auront pas compris qu’ils doivent être eux-mêmes les artisans de leur bonheur et que leurs efforts sont la condition du soutien extérieur.

3. La réalisation du projet
3. 1. La mise en œuvre du plan
Le curé de la paroisse peut jouer le rôle de facilitateur, en mettant en évidence les actions efficientes, établissant des liens entre le projet et le résultat attendu et servant de personne ressource. Dès que la mise en pratique commence, une nouvelle phase s’ouvre pour le développement de la paroisse.
Il serait erroné d’abandonner la communauté chrétienne à son sort. Il faut soutenir sa volonté de persévérance par divers actes : la visite, l’encouragement et le coup de main occasionnel. C’est ainsi que l’innovation s’incorporera définitivement à la vie de la communauté et y sera considérée comme une acquisition positive.
3. 2. La stabilisation des résultats
Nous disons que les résultats de l’innovation sont stabilisés dans une paroisse quand ils sont définitivement acquis, si l’innovation est techniquement réussie et si les mentalités des bénéficiaires ainsi que les institutions de la place s’y sont adaptées. « Dans une action de développement, les objectifs doivent toujours permettre d’améliorer la vie de la communauté qui fait l’action. Il faut donc avoir à l’esprit les changements qu’on attend de l’action. »12
3. 3 Evaluer 
Les chrétiens doivent prendre un temps pour évaluer leur projet. Ceci leur permettra de consolider leurs acquis, et les aidera à réaliser des actions plus efficaces dans le futur. Ils prendront en considération ces questionnements afin de mieux évaluer leur action :
Qu’est-ce qui a été un succès dans le projet ? A-t-il atteint ses objectifs ? A-t-il produit des changements durables ?
Y a-t-il quelque chose qui n’a pas fonctionné lors de ce projet ? A-t-il crée sans le vouloir d’autres problèmes ? Y a-t-il des échecs dus à une planification inadéquate ou à des facteurs indépendants de la volonté des chrétiens de la paroisse ?
Comment les paroissiens ont-ils travaillé ensemble ? Chacun a-t-il l’impression d’avoir vraiment participé ? Les décisions et les responsabilités étaient-elles réellement partagées au sein de la communauté chrétienne ?

4. D’autres situations à considérer
4. 1. La collaboration avec les autorités administratives
En informant en avance les autorités administratives de la région qu’un projet va être mis en place peut prévenir toute objection. Le curé essayera de se servir de ces autorités comme personnes ressources, et écoutez leurs suggestions le plus souvent possible et peut être en inclure une dans le projet. Une administration qui soutient le projet peut représenter un grand bénéfice, étant donné que certaines actions du projet peuvent nécessiter la participation de la population non chrétienne.
Informer à l’avance les autorités du projet et les tenir informés tout au long de celui-ci est sans doute la meilleure façon de prévenir les objections.
4. 2. Faut-il assurer une couverture médiatique au projet de développement ?
Un projet de développement qui se réalise dans une paroisse attirera souvent l’attention des journalistes de la radio ou de la télévision. L’engagement des médias peut aider à éduquer la communauté chrétienne, permettre de mobiliser d’autres personnes qui s’engageront et stimuler les chrétiens pessimistes.
L’action pour le développement d’une paroisse « n’est pas seulement une aspiration, mais un droit qui, comme tout droit, implique une obligation : la collaboration au développement de tout l’homme et de tout homme est en effet un devoir de tous envers tous, et elle doit en même temps être commune aux quatre parties du monde »13. C’est cela qui justifie la couverture médiatique d’un projet de développement.
4.3. Comment aider les paroissiens à surmonter leur déception si leur projet a échoué.
Si un projet de développement échoue dans une paroisse, le curé et d’autres facilitateurs laisseront les chrétiens exprimer leur colère, rancœur, tristesse, désappointement et frustration. Ensuite, ils les encourageront à discuter des raisons qui ont rendu difficile la réalisation du projet, en marquant bien la différence entre les événements intervenus de l’extérieur et ceux qu’ils auraient pu prévoir.
Certains projets qui peuvent sembler être des échecs peuvent en fait n’être que temporairement mis à l’écart. Il y a beaucoup de choses à apprendre de tels projets, depuis le défi d’avoir à établir un plan jusqu’aux circonstances imprévues.

Conclusion
L’Eglise reconnaît sans équivoque la prérogative de l’Etat en matière de développement économique et social, la responsabilité primordiale qui revient aux pouvoirs publics. Elle n’est pas une agence de développement, ni une puissance rivale de l’Etat. Elle donne priorité à toute action visant la conscientisation de la personne et de la communauté humaine en vue de les rendre capables de participer d’une manière digne et responsable à leur développement et à celui de leur nation. Mais naturellement, déjà auparavant et cela depuis les origines, l’activité d’assistance aux pauvres et aux personnes qui soufrent faisait partie de manière essentielle de la vie de l’Eglise de Rome, selon les principes de la vie chrétienne exposés dans les Actes des Apôtres.
Pour assurer sa propre subsistance et celle de ses premiers adeptes, l’Eglise a été amenée soit par les circonstances, soit parce qu’elle y voyait un service de Dieu et des hommes à se consacrer à l’agriculture et à l’élevage, à expérimenter de nouvelles cultures, à ouvrir des ateliers de travail artisanal, à faciliter le commerce par des coopératives d’achat et de vente et enfin à suppléer à une infrastructure économique déficiente. Tout cela s’organisait à partir de la paroisse qu’elle considère comme une unité motrice.

KATANGA RAPHAEL, SDB

1 commentaire

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Nice Article